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Charlie et la… Braderie : au-delà des apparences, un seul et même combat ?

commerceChaque année, on y a droit : d’aucuns font la fine bouche, plus d’un entonne le grand air du « c’était mieux avant ». Le commerce prendrait inexorablement le pas sur la fête, au risque de lui faire perdre son âme…

Et si, au regard de l’étymologie, il s’agissait là d’un faux problème ? Certes, personne ne niera que le commerce ne soit d’abord affaire de gros sous : ne désigne-t-il pas, littéralement parlant (le latin merx, mercis s’appliquait à la « marchandise » quand com- dérive du cum qui signifie « avec »), un troc, un échange de produits ?

Cela dit, et bien avant qu’au XXe siècle il ne vienne à se voiler d’une nuance nettement péjorative – est alors jugé « commercial », dans les microcosmes élitistes de l’art et de la littérature, tout ce qui sacrifie la création pure et désintéressée sur l’autel de l’immédiatement rentable –, le mot peut se targuer d’avoir emprunté des voies autrement respectables. À la faveur d’une extension de sens qui est tout à son honneur, il s’est notamment appliqué, dès le XVIe siècle, à toute forme de relations humaines, sans qu’il soit plus question d’espèces sonnantes et trébuchantes. La langue s’en souvient d’ailleurs, qui fait encore état aujourd’hui, dans un registre plutôt soutenu il est vrai, de personnes d’un « commerce agréable », autrement dit de bonne composition et qui gagnent à être fréquentées. L’honnêteté oblige à préciser que ladite extension de sens a connu des prolongements moins platoniques, puisque le commerce s’est dévergondé au point de se découvrir à l’occasion, sinon vénal (la chose se disait moins des péripatéticiennes que des gentes dames), du moins charnel : commercer avec quelqu’un, c’était avoir des rapports très intimes avec lui !

Tout cela pour rappeler, afin de rassurer autant que faire se peut les gardiens du temple lillois, que si la Braderie est effectivement le lieu où, aurait dit ce bon Bécaud, « tout s’achète et tout se vend », il est aussi et sans doute surtout celui où l’on commerce dans un sens plus large et, pour tout dire, plus fondamental, avec autrui. Comme les clodos du poète Bernard Dimey qui pêchaient à la mouche et ne prenaient rien « pour être plus heureux », peu importe au fond que le bradeux vende ou non : l’essentiel est ailleurs. Dans ce rare moment de partage auquel il ne manque finalement qu’un slogan : « Je suis Braderie », peut-être ?

Bruno Dewaelle

La Voix du Nord

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