#navet –” LE NAVET DE LA SEMAINE —L’Art de la fugue ” …

LE NAVET DE LA SEMAINE

L’Art de la fugue de Brice Cauvin, une psycho-comédie de bazar enlisée dans un « sujet de société » : la dépression. Vous reprendrez bien un Prozac dans votre navet hebdomadaire ?
Par Damien Aubel
le Jeudi 05 Mars 2015

art de la fugueL’Art de la fugue commence par un grossier tour de bonneteau, qui donne le ton de cette heure et demie au cours de laquelle le spectateur aura décliné toutes les variations lexicales sur le terme « fugue » : fuir, se casser, trisser, s’esbigner, filer à l’anglaise, à la française, comme on voudra, mais échapper à ce navet contaminé au plomb lourd de la mauvaise comédie qui confond mélancolie et saturnisme (un vague résidu de conscience professionnelle et la crainte de déranger nos tourtereaux de voisins ont coupé la chique à nos velléités de filles de l’air).

Un grossier tour de bonneteau, on vous disait, avant qu’on ne s’emballe et bifurque sur un chemin de traverse – un peu comme le film de Brice Cauvin, qui voudrait, avec un empressement scolaire de bon élève fayoteur de la comédie à la Bacri-Jaoui (AJ émarge d’ailleurs au casting et au scénario), émailler son tchekovisme de gare (trois frères, trois ratages, et on vous a dit que ça fleurait la mélancolie ?) de vignettes comiques qui tombent à plat, tant elles sonnent forcées, contraintes, frileuses.

Un grossier tour de bonneteau (on va y arriver), qui n’aurait d’équivalent que notre exaspération devant les mimiques faciales de Laurent Lafitte, qui confond cinéma et grimace, ou le scandaleux sous-emploi de Benjamin Biolay en Gainsbarre du pauvre relooké Deschiens – sous-emploi, car son je-m’en-foutisme plouc aux cheveux huileux mérite mieux, justement, qu’un vulgaire emploi comme on dit au théâtre, celui du loser craspec.

On en vient enfin à notre tour de bonneteau inaugural : on voulait parler du titre, qui trompe doublement sur la marchandise, d’abord parce que Brice Cauvin n’est pas le Bach du cinéma (ses contrepoints drame/comédie ont la légèreté de la superposition d’un marteau piqueur et d’un orgue de barbarie qui jouerait une goualante tire-larmes enrayée), mais aussi parce que l’ « art », ici, ne brille que par son absence. On n’aura pas la cruauté d’étriller la mise en scène de Brice Cauvin qui a de faux airs de rhétorique rentre-dedans pubarde (aaaah, ces gros plans en pleine poire comme parangons d’expressivité, cette photo au ripolin lisse, triste et toc…), non, on se contentera juste, tout ingénument et benoîtement, de se demander si c’est bien le rôle du cinéma que de se substituer à un dossier de magazine féminin sur la dépression. Cauvin accumule les signes extérieurs de broyage d’idées noires et puise libéralement dans le folklore du mal-être façon La Déprime pour les Nuls (la mort en fixette d’arrière-plan omniprésente, l’exemple nocif du couple parental englué dans un marasme sentimentalo-économique au long cours, les décors qui suintent la pluie, la grisaille et les lumières fatiguées…). Ajoutez à ça l’échantillonnage social à la hache (le pédé cultivé, le costume-cravate nomade…) et, of course, la moralette finale pompée sur un coin de zinc : pour s’en sortir, il faut vivre sa vie et prendre son destin en main, si, si, il vaut mieux avoir des regrets que des remords (ou est-ce l’inverse, on ne sait plus trop, à ce stade de finesse psychologique on est un peu désorienté, un peu déprimé, peut-être…)

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