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«Go home !», ordonne la Grande-Bretagne aux clandestins

2 août 2013 à 19:19
Photo amateur du camion publicitaire de la campagne «Go home», diffusé sur Twitter par Eoin Clarke (@DrEoinCl)

Photo amateur du camion publicitaire de la campagne «Go home», diffusé sur Twitter par Eoin Clarke (@DrEoinCl)
Par GUILLAUME GENDRON

«Rentrez chez vous». Le graffiti xénophobe qui couvrait les murs des quartiers populaires outre-Manche dans les années 1980 et 1990 est devenu le dernier slogan du gouvernement britannique à l’intention des sans-papiers. La dernière campagne anti-immigration clandestine orchestrée par le gouvernement tory fait polémique, au point de diviser la coalition au pouvoir.

«Racist vans»

Toute la semaine dernière, les habitants de six arrondissements du nord de Londres ont pu voir des camions publicitaires circuler avec le message suivant : «In the UK illegally? Go home or face arrest.» («Au Royaume-Uni illégalement? Rentrez chez vous, ou attendez-vous à être arrêtés»). L’affiche grand format, présentant des menottes sur fond noir, indique par ailleurs le nombre de sans-papiers arrêtés dans le quartier la semaine précédente et invite les immigrés illégaux à appeler une hotline qui se chargera de «faciliter» leur départ. Dans le même temps, le Home Office, le ministère de l’Intérieur britannique, tweete en direct l’arrestation de plusieurs suspects sur le terrain, photos floutées à l’appui, et égraine le nombre de sans-papiers interpellés chaque semaine. Au début du mois, un message controversé du Home Office sur le réseau social annonçait déjà la couleur en prévenant les immigrés illégaux qu’ils «n’auraient plus d’endroit où se cacher», une fois voté le projet de loi tory contre l’immigration clandestine.

Les camions, rapidement rebaptisés «racist vans» par les internautes, ont été remisés en début de semaine. Mais le message a été décliné sous forme de tracts, qui sont toujours distribués dans les quartiers. Le ministère de l’Intérieur affirme que l’opération n’a coûté que 11 000 euros, alors que l’expulsion par la force d’un seul sans-papiers en coûterait 6 000 de plus au contribuable. Si un seul clandestin quitte le pays en voyant l’affiche, l’opération pourra être considérée comme un succès, s’est vanté le Home Office.

Le Front national français applaudit

Lundi, un communiqué de Downing Street indiquait que David Cameron «soutenait fortement» cette campagne pilote, et envisageait de l’étendre au niveau national. Le lendemain, de retour de vacances, le vice-Premier ministre libéral-démocrate (Lib-Dem) Nick Clegg s’y opposait fortement. «Ce n’est pas une façon très intelligente de s’attaquer à ce problème» a-t-il lancé. Vincent Cable, le ministre du Commerce Lib-Dem avait auparavant dénoncé une campagne «stupide et insultante», qui «attise les peurs sans fondement» lors d’une interview télévisée. Boris Johnson, le maire de Londres et candidat potentiel à la succession de David Cameron à la tête du parti tory et du pays, s’est lui aussi montré réservé, jugeant le message «trop brutal». 

Deux ans après les émeutes de Londres, si le gouvernement de David Cameron semble prêt à allumer des mèches dans les quartiers populaires, c’est qu’il se sent menacé par le succès de l’Ukip. Ce parti populiste eurosceptique et anti-immigration a récupéré une partie des électeurs tories lors des élections locales de mai. Le Premier ministre peine par ailleurs à remplir sa promesse de réduire le nombre d’immigrés de 250 000 à 150 000 par an d’ici 2015. Et ce malgré une série de mesures aussi brutales que controversées, comme l’instauration de fortes limitations sur les quotas d’étudiants étrangers, pourtant une source de revenus indispensable aux grandes universités britanniques.

Comble de l’ironie, le leader de l’Ukip, Nigel Farage, a lui aussi critiqué les relents de «Big Brother» de la campagne «Go home». En France, Steeve Briois, secrétaire général du Front National, s’est fendu d’un communiqué pour applaudir l’initiative des Tories. Un sondage paru dans le Sun mardi indiquait que 47% des Britanniques soutenaient la campagne, alors que 41% s’y opposaient.

Tracts et happenings

Sur les réseaux sociaux et dans la rue, les détracteurs de l’opération «Go home» sont passés de l’outrage à l’organisation d’une riposte. Dans une tribune publiée par le Guardian, une graphiste d’origine indienne raconte qu’elle a appelé le numéro indiqué sur les affiches pour demander à l’officier de l’UKBA (l’agence de contrôle aux frontières) au bout du fil de l’aider à rentrer à la maison… à Willesden, un quartier populaire au nord-ouest de Londres. Elle invite les lecteurs à faire de même et ainsi «troller» la campagne du ministère de l’Intérieur.

La vidéo montrant les «Southhall Black Sisters», un groupe de femmes d’origine indienne, forçant les agents de l’UKBA à battre en retraite dans leur quartier de l’ouest de la capitale, est devenu un hit viral en quelques heures :

 

Des tracts à imprimer, traduire et distribuer, indiquant les droits des sans-papiers et visant à perturber les «raids» des agents de contrôle de l’immigration, sont échangés sur Facebook et Twitter. La Commission pour l’égalité et les droits de l’homme, l’équivalent du Défenseur des droits au Royaume-Uni, a quant à elle annoncé qu’elle avait lancé une enquête sur la légalité de la campagne du gouvernement, ainsi que sur les actions menées par les officiers de l’UKBA dans les gares du pays, accusés par des témoins de contrôles au faciès systématiques.

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